Citations

Qu’est ce que le religieux ?

Lors d’un cours à l’institut Jung de Zurich, Marie-Louise von Franz répond à la question :

« L’attitude religieuse primitive aurait-elle quelque chose à voir avec la participation mystique ? » :

« Oui, la participation mystique est l’une des caractéristiques de la religion primitive comme le sont l’observation des événements synchronistiques, celle des signes, le refus d’agir sans déceler d’abord les symptômes ou les signes intérieurs et extérieurs, ou, selon une définition, la tension sincère et constante portée aux facteurs inconnus.

D’après cette définition serait religieux celui qui agit en étant pas seulement en accord avec le raisonnement conscient, mais en prétend aussi une attention constante aux facteurs inconnus sous-jacents et en les respectant.

Si quelqu’un me dit par exemple : « allons prendre un café ensemble après le cours » et que je considère uniquement que j’ai le temps, puisque je ne déjeune pas avant 12h30, je m’en tiens à un raisonnement conscient, ce qui est naturellement légitime aussi. Mais si je suis religieux, je m’arrête une minute et essaie de percevoir dans quelle mesure il est juste de m’attarder ; et si, instinctivement, mon sentiment s’y oppose, ou qu’à ce moment-là une fenêtre claque, où que je trébuche, il se peut que je n’y aille pas.

On peut se moquer de cette attitude et la traiter de superstition, ce qu’elle est, naturellement, à un certain niveau. Pourtant, loin d’être purement mécanique comme, par exemple, l’idée qu’il faut s’en retourner si un chat noir passe sur son chemin, elle incite plutôt à se concentrer à tout moment pour essayer de recevoir un signe du Soi ou de l’intérieur.

Dans la philosophie chinoise, l’attitude équivalente consiste à prêter constamment attention au Tao, à déceler si ce que je fais maintenant et juste, en Tao. Bien entendu, les arguments personnels, la considération du pour et du contre existe aussi, mais vivre de manière religieuse signifie être sans cesse en éveil de manière à percevoir les puissances inconnues qui, elle aussi, gouverne une vie.

Si je n’ai pas d’indication contraire, je peux décider de prendre un café puisque j’ai le temps, ou parce que j’aime bien ça. Un signal ne retentit pas toujours pour nous prévenir, mais, s’il raisonne et qu’on l’ignore, un certain ordre est détruit. L’attitude primitive et religieuse implique que l’on n’omette jamais de prendre ces puissances en considération. »

Alchimie, Marie-Louise von Franz, p150-151, La Fontaine de Pierre